PREMIÈRE PARTIE - Esther heureuse-1

3006 Words
PREMIÈRE PARTIE Esther heureuseEn 1824, au dernier bal de l’Opéra, plusieurs masques furent frappés de la beauté d’un jeune homme qui se promenait dans les corridors et dans le foyer, avec l’allure des gens en quête d’une femme que des circonstances imprévues retiennent au logis. Le secret de cette démarche, tour à tour indolente et pressée, n’est connu que des vieilles femmes et de quelques flâneurs émérites. Dans cet immense rendez-vous, la foule observe peu la foule, les intérêts sont passionnés, le désœuvrement lui-même est préoccupé. Le jeune dandy était si bien absorbé par son inquiète recherche, qu’il ne s’apercevait pas de son succès : les exclamations railleusement admiratives de certains masques, les étonnements sérieux, les mordants lazzis, les plus douces paroles, il ne les entendait pas, il ne les voyait point. Quoique sa beauté le classât parmi ces personnages exceptionnels qui viennent au bal de l’Opéra pour y avoir une aventure, et qui l’attendent comme on attendait un coup heureux à la Roulette quand Frascati vivait, il paraissait bourgeoisement sûr de sa soirée ; il devait être le héros d’un de ces mystères à trois personnages qui composent tout le bal masqué de l’Opéra, et connus seulement de ceux qui y jouent leur rôle ; car, pour les jeunes femmes qui viennent afin de pouvoir dire : J’ai vu ; pour les gens de province, pour les jeunes gens inexpérimentés, pour les étrangers, l’Opéra doit être alors le palais de la fatigue et de l’ennui. Pour eux, cette foule noire, lente et pressée, qui va, vient, serpente, tourne, retourne, monte, descend, et qui ne peut être comparée qu’à des fourmis sur leur tas de bois, n’est pas plus compréhensible que la Bourse pour un paysan bas-breton qui ignore l’existence du Grand-Livre. À de rares exceptions près, à Paris, les hommes ne se masquent point : un homme en domino paraît ridicule. En ceci le génie de la nation éclate. Les gens qui veulent cacher leur bonheur peuvent aller au bal de l’Opéra sans y venir, et les masques absolument forcés d’y entrer en sortent aussitôt. Un spectacle des plus amusants est l’encombrement que produit à la porte, dès l’ouverture du bal, le flot des gens qui s’échappent aux prises avec ceux qui y montent. Donc, les hommes masqués sont des maris jaloux qui viennent espionner leurs femmes, ou des maris en bonne fortune qui ne veulent pas être espionnés par elles, deux situations également moquables. Or le jeune homme était suivi, sans qu’il le sût, par un masque assassin, gros et court, roulant sur lui-même comme un tonneau. Pour tout habitué de l’Opéra, ce domino trahissait un administrateur, un agent de change, un banquier, un notaire, un bourgeois quelconque en soupçon de son infidèle. En effet, dans la très haute société, personne ne court après d’humiliants témoignages. Déjà plusieurs masques s’étaient montré en riant ce monstrueux personnage, d’autres l’avaient apostrophé, quelques jeunes s’étaient moqués de lui, sa carrure et son maintien annonçaient un dédain marqué pour ces traits sans portée ; il allait où le menait le jeune homme, comme va un sanglier poursuivi qui ne se soucie ni des balles qui sifflent à ses oreilles, ni des chiens qui aboient après lui. Quoiqu’au premier abord le plaisir et l’inquiétude aient pris la même livrée, l’illustre robe noire vénitienne, et que tout soit confus au bal de l’Opéra, les différents cercles dont se compose la société parisienne se retrouvent, se reconnaissent et s’observent. Il y a des notions si précises pour quelques initiés, que ce grimoire d’intérêts est lisible comme un roman qui serait amusant. Pour les habitués, cet homme ne pouvait donc pas être en bonne fortune, il eût infailliblement porté quelque marque convenue, rouge, blanche ou verte, qui signale les bonheurs apprêtés de longue main. S’agissait-il d’une vengeance ? En voyant le masque suivant de si près un homme en bonne fortune, quelques désœuvrés revenaient au beau visage sur lequel le plaisir avait mis sa divine auréole. Le jeune homme intéressait : plus il allait, plus il réveillait de curiosités. Tout en lui signalait d’ailleurs les habitudes d’une vie élégante. Suivant une loi fatale de notre époque, il existait peu de différence, soit physique, soit morale, entre le plus distingué, le mieux élevé des fils d’un duc et pair, et ce charmant garçon que naguère la misère étreignit de ses mains de fer au milieu de Paris. La beauté, la jeunesse pouvaient masquer chez lui de profonds abîmes, comme chez beaucoup de jeunes gens qui veulent jouer un rôle à Paris sans posséder le capital nécessaire à leurs prétentions, et qui chaque jour risquent le tout pour le tout en sacrifiant au dieu le plus courtisé dans cette cité royale, le Hasard. Néanmoins, sa mise, ses manières étaient irréprochables, il foulait le parquet classique du foyer en habitué de l’Opéra. Qui n’a pas remarqué que là, comme dans toutes les zones de Paris, il est une façon d’être qui révèle ce que vous êtes, ce que vous faites, d’où vous venez, et ce que vous voulez ? – Le beau jeune homme ! Ici l’on peut se retourner pour le voir, dit un masque en qui les habitués du bal reconnaissaient une femme comme il faut. – Vous ne vous le rappelez pas ? lui répondit le cavalier, madame du Châtelet vous l’a cependant présenté… – Quoi ! c’est le petit apothicaire de qui elle s’était amourachée, qui s’est fait journaliste, l’amant de mademoiselle Coralie ? – Je le croyais tombé trop bas pour jamais pouvoir se remonter, et je ne comprends pas comment il peut reparaître dans le monde de Paris, dit le comte Sixte du Châtelet. – Il a un air de prince, dit le masque, et ce n’est pas cette actrice avec laquelle il vivait qui le lui aura donné ; ma cousine, qui l’avait deviné, n’a pas su le débarbouiller ; je voudrais bien connaître la maîtresse de ce Sargine, dites-moi quelque chose de sa vie qui puisse me permettre de l’intriguer. Ce couple qui suivait le jeune homme en chuchotant fut alors particulièrement observé par le masque aux épaules carrées. – Cher monsieur Chardon, dit le préfet de la Charente en prenant le dandy par le bras, je vous présente une personne qui veut renouer connaissance avec vous… – Cher comte Châtelet, répondit le jeune homme, cette personne m’a appris combien était ridicule le nom que vous me donnez. Une Ordonnance du Roi m’a rendu celui de mes ancêtres maternels, les Rubempré. Quoique les journaux aient annoncé ce fait, il concerne un si pauvre personnage que je ne rougis point de le rappeler à mes amis, à mes ennemis et aux indifférents : vous vous classerez où vous voudrez, mais je suis certain que vous ne désapprouverez point une mesure qui me fut conseillée par votre femme quand elle n’était encore que madame de Bargeton. (Cette jolie épigramme, qui fit sourire la marquise, fit éprouver un tressaillement nerveux au préfet de la Charente,) – Vous lui direz, ajouta Lucien, que maintenant je porte de gueules, au taureau furieux d’argent, dans le pré de sinople. – Furieux d’argent, répéta Châtelet. – Madame la marquise vous expliquera, si vous ne le savez pas, pourquoi ce vieil écusson est quelque chose de mieux que la clef de chambellan et les abeilles d’or de l’Empire qui se trouvent dans le vôtre, au grand désespoir de madame Châtelet, née Nègrepelisse d’Espard… dit vivement Lucien. – Puisque vous m’avez reconnue, je ne puis plus vous intriguer, et ne saurais vous exprimer à quel point vous m’intriguez, lui dit à voix basse la marquise d’Espard tout étonnée de l’impertinence et de l’aplomb acquis par l’homme qu’elle avait jadis méprisé. – Permettez-moi donc, madame, de conserver la seule chance que j’aie d’occuper votre pensée en restant dans cette pénombre mystérieuse, dit-il avec le sourire d’un homme qui ne veut pas compromettre un bonheur sûr. La marquise ne put réprimer un petit mouvement sec en se sentant, suivant une expression anglaise, coupée par la précision de Lucien. – Je vous fais mon compliment sur votre changement de position, dit le comte du Châtelet. – Et je la reçois comme vous me l’adressez, répliqua Lucien en saluant la marquise avec une grâce infinie. – Le fat ! dit à voix basse le comte à madame d’Espard, il a fini par conquérir ses ancêtres. – Chez les jeunes gens, la fatuité, quand elle tombe sur nous, annonce presque toujours un bonheur très haut situé ; car, entre vous autres, elle annonce la mauvaise fortune. Aussi voudrai-je connaître celle de nos amies qui a pris ce bel oiseau sous sa protection ; peut-être aurais-je alors la possibilité de m’amuser ce soir. Mon billet anonyme est sans doute une méchanceté préparée par quelque rivale, car il est question de ce jeune homme ; son impertinence lui aura été dictée : espionnez-le. Je vais prendre le bras du duc de Navarreins, vous saurez bien me retrouver. Au moment où madame d’Espard allait aborder son parent, le masque mystérieux se plaça entre elle et le duc pour lui dire à l’oreille : – Lucien vous aime, il est l’auteur du billet ; votre préfet est son plus grand ennemi, pouvait-il s’expliquer devant lui ? L’inconnu s’éloigna, laissant madame d’Espard en proie à une double surprise. La marquise ne savait personne au monde capable de jouer le rôle de ce masque ; elle craignit un piège, alla s’asseoir et se cacha. Le comte Sixte du Châtelet, à qui Lucien avait retranché son du ambitieux avec une affectation qui sentait une vengeance longtemps rêvée, suivit à distance ce merveilleux dandy, et rencontra bientôt un jeune homme auquel il crut pouvoir parler à cœur ouvert. – Eh ! bien, Rastignac, avez-vous vu Lucien ? il a fait peau neuve. – Si j’étais aussi joli garçon que lui, je serais encore plus riche que lui, répondit le jeune élégant d’un ton léger mais fin qui exprimait une raillerie attique. – Non, lui dit à l’oreille le gros masque en lui rendant mille railleries pour une par la manière dont il accentua le monosyllabe. Rastignac, qui n’était pas homme à dévorer une insulte, resta comme frappé de la foudre, et se laissa mener dans l’embrasure d’une fenêtre par une main de fer, qu’il lui fut impossible de secouer. – Jeune coq sorti du poulailler de maman Vauquer, vous à qui le cœur a failli pour saisir les millions du papa Taillefer quand le plus fort de l’ouvrage était fait, sachez, pour votre sûreté personnelle, que si vous ne vous comportez pas avec Lucien comme avec un frère que vous aimeriez, vous êtes dans nos mains sans que nous soyons dans les vôtres. Silence et dévouement, ou j’entre dans votre jeu pour y renverser vos quilles. Lucien de Rubempré est protégé par le plus grand pouvoir d’aujourd’hui, l’Église. Choisissez entre la vie ou la mort. Votre réponse ? Rastignac eut le vertige comme un homme endormi dans une forêt, et qui se réveille à côté d’une lionne affamée. Il eut peur, mais sans témoins : les hommes les plus courageux s’abandonnent alors à la peur. – Il n’y a que lui pour savoir et pour oser…, se dit-il à lui-même. Le masque lui serra la main pour l’empêcher de finir sa phrase : – Agissez comme si c’était lui, dit-il. Rastignac se conduisit alors comme un millionnaire sur la grande route, en se voyant mis en joue par un brigand : il capitula. – Mon cher comte, dit-il à Châtelet vers lequel il revint, si vous tenez à votre position, traitez Lucien de Rubempré comme un homme que vous trouverez un jour placé beaucoup plus haut que vous ne l’êtes. Le masque laissa échapper un imperceptible geste de satisfaction, et se remit sur la trace de Lucien. – Mon cher, vous avez bien rapidement changé d’opinion sur son compte, répondit le préfet justement étonné. – Aussi rapidement que ceux qui sont au Centre et qui votent avec la Droite, répondit Rastignac à ce préfet-député, dont la voix manquait depuis peu de jours au Ministère. – Est-ce qu’il y a des opinions, aujourd’hui, il n’y a plus que des intérêts, répliqua des Lupeaulx qui les écoutait. De quoi s’agit-il ? – Du sieur de Rubempré, que Rastignac veut me donner pour un personnage, dit le député au Secrétaire-Général. – Mon cher comte, lui répondit des Lupeaulx d’un air grave, monsieur de Rubempré est un jeune homme du plus grand mérite, et si bien appuyé que je me croirais très heureux de pouvoir renouer connaissance avec lui. – Le voilà qui va tomber dans le guêpier des roués de l’époque, dit Rastignac. Les trois interlocuteurs se tournèrent vers un coin où se tenaient quelques beaux esprits, des hommes plus ou moins célèbres, et plusieurs élégants. Ces messieurs mettaient en commun leurs observations, leurs bons mots et leurs médisances, en essayant de s’amuser ou en attendant quelque amusement. Dans cette troupe si bizarrement composée se trouvaient des gens avec qui Lucien avait eu des relations mêlées de procédés ostensiblement bons et de mauvais services cachés. – Eh ! bien, Lucien, mon enfant, mon cher amour, nous voilà rempaillé, rafistolé. D’où venons-nous ? Nous avons donc remonté sur notre bête à l’aide des cadeaux expédiés du boudoir de Florine. Bravo, mon gars ! lui dit Blondet en quittant le bras de Finot pour prendre familièrement Lucien par la taille et le serrer contre son cœur. Andoche Finot était le propriétaire d’une Revue où Lucien avait travaillé presque gratis, et que Blondet enrichissait par sa collaboration, par la sagesse de ses conseils et la profondeur de ses vues. Finot et Blondet personnifiaient Bertrand et Raton, à cette différence près que le chat de La Fontaine finit par s’apercevoir de sa duperie, et que, tout en se sachant dupé, Blondet servait toujours Finot. Ce brillant condottière de plume devait, en effet, être pendant longtemps esclave. Finot cachait une volonté brutale sous des dehors lourds, sous les pavots d’une bêtise impertinente, frottée d’esprit comme le pain d’un manœuvre est frotté d’ail. Il savait engranger ce qu’il glanait, les idées et les écus, à travers les champs de la vie dissipée que mènent les gens de lettres et les gens d’affaires politiques. Blondet, pour son malheur, avait mis sa force à la solde de ses vices et de sa paresse. Toujours surpris par le besoin, il appartenait au pauvre clan des gens éminents qui peuvent tout pour la fortune d’autrui sans rien pouvoir pour la leur, des Aladins qui se laissent emprunter leur lampe. Ces admirables conseillers ont l’esprit perspicace et juste quand il n’est pas tiraillé par l’intérêt personnel. Chez eux, c’est la tête et non le bras qui agit. De là le décousu de leurs mœurs, et de là le blâme dont les accablent les esprits inférieurs. Blondet partageait sa bourse avec le camarade qu’il avait blessé la veille ; il dînait, trinquait, couchait avec celui qu’il égorgerait le lendemain. Ses amusants paradoxes justifiaient tout. En acceptant le monde entier comme une plaisanterie, il ne voulait pas être pris au sérieux. Jeune, aimé, presque célèbre, heureux, il ne s’occupait pas, comme Finot, d’acquérir la fortune nécessaire à l’homme âgé. Le courage le plus difficile est peut-être celui dont avait besoin Lucien en ce moment pour couper Blondet comme il venait de couper madame d’Espard et Châtelet. Malheureusement, chez lui, les jouissances de la vanité gênaient l’exercice de l’orgueil, qui certes est le principe de beaucoup de grandes choses. Sa vanité avait triomphé dans sa précédente rencontre ; il s’était montré riche, heureux et dédaigneux avec deux personnes qui jadis l’avaient dédaigné pauvre et misérable ; mais un poète pouvait-il, comme un diplomate vieilli, rompre en visière à deux soi-disant amis qui l’avaient accueilli dans sa misère, chez lesquels il avait couché durant les jours de détresse ? Finot, Blondet et lui s’étaient avilis de compagnie, ils avaient roulé dans des orgies qui ne dévoraient pas que l’argent de leurs créanciers. Comme ces soldats qui ne savent pas placer leur courage, Lucien fit alors ce que font bien des gens de Paris, il compromit de nouveau son caractère en acceptant une poignée de main de Finot, en ne se refusant pas à la caresse de Blondet. Quiconque a trempé dans le journalisme, ou y trempe encore, est dans la nécessité cruelle de saluer les hommes qu’il méprise, de sourire à son meilleur ennemi, de pactiser avec les plus fétides bassesses, de se salir les doigts en voulant payer ses agresseurs avec leur monnaie. On s’habitue à voir faire le mal, à le laisser passer ; on commence par l’approuver, on finit par le commettre. À la longue, l’âme sans cesse maculée par de honteuses et continuelles transactions, s’amoindrit, le ressort des pensées nobles se rouille, les gonds de la banalité s’usent et tournent d’eux-mêmes. Les Alcestes deviennent des Philintes, les caractères se détrempent, les talents s’abâtardissent, la foi dans les belles œuvres s’envole. Tel qui voulait s’enorgueillir de ses pages se dépense en de tristes articles que sa conscience lui signale tôt ou tard comme autant de mauvaises actions. On était venu, comme Lousteau, comme Vernou, pour être un grand écrivain, on se trouve un impuissant folliculaire. Aussi ne saurait-on trop honorer les gens chez qui le caractère est à la hauteur du talent, les d’Arthez qui savent marcher d’un pied sûr à travers les écueils de la vie littéraire. Lucien ne sut rien répondre au patelinage de Blondet, dont l’esprit exerçait d’ailleurs sur lui d’irrésistibles séductions, qui conservait l’ascendant du corrupteur sur l’élève, et qui d’ailleurs était bien posé dans le monde par sa liaison avec la comtesse de Montcornet. – Avez-vous hérité d’un oncle ? lui dit Finot d’un air railleur. – J’ai mis, comme vous, les sots en coupes réglées, lui répondit Lucien sur le même ton. – Monsieur aurait une Revue, un journal quelconque ? reprit Andoche Finot avec la suffisance impertinente que déploie l’exploitant envers son exploité. – J’ai mieux, répliqua Lucien dont la vanité blessée par la supériorité qu’affectait le rédacteur en chef lui rendit l’esprit de sa nouvelle position. – Et, qu’avez-vous, mon cher ?… – J’ai un Parti. – Il y a le parti Lucien ? dit en souriant Vernou. – Finot, te voilà distancé par ce garçon-là, je te l’ai prédit. Lucien a du talent, tu ne l’as pas ménagé, tu l’as roué. Repens-toi, gros butor, reprit Blondet. Fin comme le musc, Blondet vit plus d’un secret dans l’accent, dans le geste, dans l’air de Lucien ; tout en l’adoucissant, il sut donc resserrer par ces paroles la gourmette de la bride. Il voulait connaître les raisons du retour de Lucien à Paris, ses projets, ses moyens d’existence. – À genoux devant une supériorité que tu n’auras jamais, quoique tu sois Finot ! reprit-il. Admets monsieur, et sur-le-champ, au nombre des hommes forts à qui l’avenir appartient, il est des nôtres ! Spirituel et beau, ne doit-il pas arriver par tes quibuscumque viis ? Le voilà dans sa bonne armure de Milan, avec sa puissante dague à moitié tirée, et son pennon arboré ! Tudieu ! Lucien, où donc as-tu volé ce joli gilet ? Il n’y a que l’amour pour savoir trouver de pareilles étoffes. Avons-nous un domicile ? Dans ce moment, j’ai besoin de savoir les adresses de mes amis, je ne sais où coucher. Finot m’a mis à la porte pour ce soir, sous le vulgaire prétexte d’une bonne fortune. – Mon cher, répondit Lucien, j’ai mis en pratique un axiome avec lequel on est sûr de vivre tranquille : Fuge, late, tace. Je vous laisse. – Mais je ne te laisse pas que tu ne t’acquittes envers moi d’une dette sacrée, ce petit souper, hein ? dit Blondet qui donnait un peu trop dans la bonne chère et qui se faisait traiter quand il se trouvait sans argent. – Quel souper ? reprit Lucien en laissant échapper un geste d’impatience.
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